Mardi matin. Sur les quais. Huit heures tapantes, l’heure du frühstück. Le rendez-vous est fixé avec Studio Petit Martin, un studio d’architecture d’intérieur, qu’on a pu voir sur pas mal d’événements strasbourgeois, proposant notamment de la sérigraphie. Ça y est, Maxime et Vincent arrivent, lunettes de soleil sur le nez. Après une hésitation à rester sur la terrasse, on décide d’entrer dans le café du Tribunal.

Frühstück : Salut les gars. Racontez-nous, c’est quoi votre parcours ?

Vincent : Alors… compliqué.

Maxime : Compliqué aussi.

Frühstück : C’est marrant, tout le monde dit ça…

Vincent : C’est vrai que c’est jamais “ils ont fait cette école là, et puis c’est bon”. Pour moi, je suis sorti du bac et me suis un peu cherché à droite à gauche. Je suis passé par maths sup. Finalement, je suis tombé à Saint-Luc, à Bruxelles, en architecture. Mais je me suis fait viré en cours de route. Du coup, je suis parti en menuiserie. Et de la menuiserie, je suis reparti en architecture d’intérieure en arrivant à Strasbourg, à la MJM, là où j’ai rencontré Maxime.

Maxime : Pour moi : 16 ans, Compagnons du Devoir, dans le 78, avant de venir ici, grâce à un patron. J’ai commencé par la couture, puis les matériaux souples. Travail du cuir, assemblages, ajustages puis j’ai commencé à faire des habitacles de bateaux, d’avions. Du coup, j’ai commencé à m’intéresser à la déco intérieure, à l’aménagement. Sauf que je ne m’éclatais pas assez, artistiquement, dans mon cursus. J’ai cherché une formation, et c’est comme ça que j’ai atterri à la MJM en alternance. D’abord en déco, puis en architecture d’intérieure.

Ensuite, avec Vincent, on s’est retrouvé au Club Icôn (association organisatrice de soirées) ensemble. Là on a pu se lâcher, faire les scénographies qu’on avait envie de faire. Réfléchir à un thème, à une direction artistique complète. On était libres de nos choix, on s’est vraiment éclatés. C’est là que j’ai remarqué que Vincent complétait vraiment mes lacunes. À chaque fois que je pêchais, il était là pour soutenir le truc… 
 
Je me suis dit : ouais, faut qu’on travaille ensemble. Après 1 an et demi ensemble au Club Icôn, on s’est dit, maintenant faut qu’on y aille. 
 
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Vincent : En même temps on se trouvait professionnellement un peu au même stade. Au bout de 4 ans dans la même structure, t’as un peu fait le tour. Soit tu veux monter, soit tu veux prendre plus de rennes. Sauf que des fois on te les donne vraiment, et des fois on te fait seulement croire qu’on te les donne. Bref, petit à petit, ça s’est fait et on a monté notre propre structure.
 

Frühstück : Du coup, quelle est votre spécialité à chacun ?

Vincent : Moi je suis dans tout ce qui est technique, conception, bois, assemblage, fabrication, production… C’est ce que je faisais dans mon ancien boulot, et c’est ce que je fais encore maintenant avec Maxime. Lui, il est sur tout ce qui est déco, scéno. Toute la partie créative va être gérée par Maxime et toute la partie technique va être gérée chez moi. Après y a pas mal de choses qu’on sait faire tous les deux, qu’on fait ensemble, comme la relation client.

Maxime : C’est vrai que je suis présent surtout au tout début du projet, je cherche un concept, des accessoires, etc. Ensuite, je passe un peu la main à Vincent. Du coup il se retrouve plus que moi sur le chantier. Il va le gérer en entier, de l’appel d’offres aux entreprises, à la production. Moi j’arrive plutôt à la fin, pour dire “bon, là les couleurs…”

Vincent : Pour faire chier quoi ! “C’est pas ce qu’on avait prévu…” (rires). “Mais c’est déjà fabriqué Maxime, tu peux plus le changer maintenant” (rires) En gros il nous fait une “maxime” (rires).

Maxime : Je fais encore un peu de montage quand même, notamment les scénographies. Et matériaux souples, quand il y a des toiles tendues, des bâches et autres machins. D’ailleurs, on va se mettre à l’objet aussi. Comme Vincent maîtrise bien le bois, on va essayer de mélanger les deux. On fait de la sérigraphie aussi.

Frühstück : Si on parle de clients, quelle est votre typologie ?

Maxime : En sérigraphie, ce sont surtout les agences de communication.

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Vincent : En architecture, c’est plutôt pour les professionnels de la restauration, de l’hôtellerie. Les bureaux aussi. On privilégie le travail avec les professionnels, qui sont plus simples à gérer que les particuliers. Le pro te fait très vite confiance, il a autre chose à penser. Et puis il y a déjà énormément de monde chez les particuliers (pour l’architecture d’intérieur). Alors que chez les pros, pas tant que ça.  

Frühstück : Et en terme d’événementiel, qu’est-ce que vous faites ?

Maxime : Actuellement, pour Club Icôn on ne fait rien, faute de temps. Mais là on bosse pour le festival Longevity. On est en train d’organiser un grand workshop.

Vincent : L’idée c’est de réunir plusieurs écoles. On fait un appel à projets, on sélectionne les étudiants, en solo ou en groupes. Et ils viennent réaliser ce qu’ils ont dessiné lors de l’étape de sélection, à l’échelle 1. Ça va permettre aux étudiants d’être confrontés à la réalité du marché, avec un client. Les écoles, c’est bien, ça t’apprend plein de choses. Sauf le principal : le client, et les problèmes qui t’arrivent dans l’entreprise.

Et ça… tu  t’en prends des claques au début. Maxime et moi, on a fait alternance, du coup on les a pris petit à petit. Mais pour quelqu’un qui fait très peu de stages… Il se les prend toutes d’un coup. Du coup, c’est un des moyens qu’on peut donner aux étudiants de commencer à sortir la tête de l’eau.

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Maxime : Notre rôle va être de les encadrer, leur donner les outils, les ressources. Et sinon, il y a Contre Temps aussi, qui arrive en juin. On va pas mal intervenir sur ce festival.  

Frühstück : Votre atelier se situe au pôle Rotonde, c’est bien ça ?

Maxime : Exactement ! Avec Central Vapeur, Accélérateur de Particules, Pierre Faedi, Sonia Verguet, Éditions 2024, Sébastien Poilvert, Cercle Magazine, Jennifer Yerkes, Étienne Chaize.

Vincent : Cercle Magazine est un magazine annuel en fait, et chaque année le thème change. Il rassemble plein de graphistes et d’illustrateurs. Franchement c’est super sympa. Un beau bouquin.

Maxime : Ils ont aussi Cercle Studio, un studio de graphisme en plus.

Frühstück : Vous êtes au pôle Rotonde depuis le début ?

Vincent : Depuis juillet 2014 oui ! En fait à la base on s’était dit, on va bosser chez Maxime, dans son petit bureau, pendant les premiers mois. Et dès qu’on peut, on prend un bureau. On se fixe ça comme but. Et on a pas encore commencé à bosser ensemble, que Maxime m’appelle pour me dire “j’ai vu une annonce”…

Maxime : En fait c’est David notre régisseur et DJ de Club Icôn, qui a aussi ses bureaux là-bas. Il y’a un bureau qui se libère rejoignez-nous !

Vincent : Ouais, un bureau plein de jeunes motivés… en train de créer leur entreprise. Ils ont plein de contact. C’est pas mal entraînant, tout le monde monte en même temps.

Frühstück : Peut-être que je vais dire une connerie, mais vous avez participé au Haras ?

Maxime : Vincent oui.

Vincent : Dans mon ancien travail, j’ai fait tout ce qui est menuiserie au Haras. Escalier, chambre, avec la tête de lit, les menuiseries dressing, les vasques de toilettes.

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Frühstück : Et ça te fait quoi de voir qu’il a été élu hôtel le plus design au monde ?

Vincent : D’un côté, je suis super content. Et d’un autre côté, c’est pas ma patte. Je travaillais avec le designer, ça a été vachement intéressant pour moi de bosser avec un bureau comme ça. Voir les compétences, voir comment ils sont derrière. Le moindre petit fil de ton tissus, ils le tiennent. Ils savent où il doit aller, il partira pas à droite ou à gauche. Donc c’est super enrichissant. Mais voilà, au final, ça me touche pas plus, parce que c’est pas moi.

Frühstück : Et le projet dont vous êtes ensemble les plus fiers ?

Vincent : Je pense qu’il faut attendre encore un petit peu. On a un bar, dont on ne peut pas parler, qui sera pour moi, le plus beau projet à l’heure actuelle.

Maxime : Il y a aussi la scéno pour Zombie Zombie, la plus longue à faire, mais c’était énorme.

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Pour The Fat Badgers on s’est pas mal lâchés aussi.

 

Et puis un truc cool, c’était Dailymotion. On a fait la déco d’une émission. Dailymotion incite des gens à faire des pilotes, et si ça fonctionne, ils subventionnent. C’est Retard Magazine qui nous a appelés pour faire la scéno. C’était bien cool comme concept.

 

Frühstück : Vous êtes présents sur pas mal d’endroits, ça vous arrive de recycler les idées ?

Maxime : Nan, jamais. On ne refait jamais deux fois la même chose. On jette tout, toujours. Ça nous coûte cher, c’est vrai, et on pourrait récupérer, mais c’est monté, et on n’en veut plus. Ça nous dégoûte (rires).

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Frühstück : Une fois que la journée de boulot est finie, vous faites quoi ?

Maxime : Moi je rentre, et je bosse encore, sur des projets à côté.

Vincent : Moi je fais de la slackline, et de l’escalade. Après on a pas tellement de temps à côté. Et puis on aide beaucoup les amis, et on se fait aider en retour.

Frühstück : Et votre spot favori à Strasbourg, c’est quoi ?

Maxime : Moi, c’est le Zorba. La terrasse du Zorba, le kebab du Zorba. C’est mon squat.

Vincent : Moi ça fait un moment que je fais de la slackline, et c’est vrai que c’est plutôt les parcs. J’ai pas trop de préférence, en général je prends le plus près de là où tout le monde peut me rejoindre. Ça m’arrive aussi de la tendre entre deux arbres, en plein centre ville. Du moment que tu ne fais pas trop de bruit ou que tu n’es pas bourré, on ne vient pas t’embêter. Mais bon, honnêtement on ne squatte pas si souvent. Au lieu de se garder des journées où on n’a rien à faire, on se cale des projets. C’est ce qui nous fait avancer.

Maxime : C’est vrai. Même le week-end. Et sinon, pendant des temps libres, je suis sur Pinterest et Instagram à chercher des idées. Y a la race d’idées, dans tout. Pinterest, c’est la vie. 

Frühstück : Et pour finir, votre habitude au frühstück ?

Maxime : Vincent, il mange pas le matin. Mais par contre, tu peux pas lui parler avant son café. Moi je suis un enfant, il me faut un lait et des céréales. Mais pas de café.

Vincent : Pourtant, je lui en sers un tous les matins. Et tous les matins, il me trouve une autre excuse pour pas le boire (rires).  

 
Frühstück : Merci les gars !
 
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Photos : Studio Petit Martin, le Haras & Henri Vogt.

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